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    Home » Palais de Kiriri : si des loyers étaient payés, où est allé l’argent ?

    Palais de Kiriri : si des loyers étaient payés, où est allé l’argent ?

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    By BURUNDI FACTS on 10 février 2026 Gouvernance
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    Le 24 janvier 2026, lors d’un rassemblement du CNDD-FDD à Gitega, le président Évariste Ndayishimiye a affirmé avoir découvert que le Palais présidentiel de Kiriri, pourtant propriété de l’État burundais, était loué à des tiers, sans préciser ni leur identité ni l’existence d’éventuelles poursuites. Cette révélation partielle donne l’impression d’un écran de fumée plutôt que d’un véritable exercice de transparence.

    Devant les cadres du parti, le chef de l’État a expliqué la démarche qui l’aurait conduit à cette découverte. « Quand j’ai entendu que le palais appartenait à Micombero [ancien chef d’État], je suis allé vérifier les comptes bancaires pour voir les loyers mensuels. Nous avons fouillé partout et nous n’avons rien trouvé. J’ai même demandé s’il existait une demande officielle de paiement des loyers. Ils ont cherché et n’ont rien trouvé. J’ai alors compris que ce palais appartient à l’État. Pourtant, les loyers sortaient chaque mois », a-t-il déclaré.

    Dans le même discours, le Président a évoqué un autre exemple qu’il présente comme révélateur d’une mauvaise gestion des ressources publiques : en 2021, des fonds auraient été inscrits au budget pour la construction du palais présidentiel Ntare Rushatsi House, alors que le bâtiment était déjà achevé et occupé.

    Un discours qui s’inscrit dans une continuité

    Cette sortie sur le Palais de Kiriri ne constitue pas un cas isolé. Le Président multiplie les gestes visant à afficher sa volonté de lutter contre les malversations économiques, mais selon une approche souvent inaboutie. Ainsi, le 21 janvier 2023, Évariste Ndayishimiye avait invité les auteurs de détournements de fonds publics à se présenter à la Banque de la République du Burundi (BRB) afin de restituer, de leur propre gré, l’argent détourné. Il avait alors annoncé l’ouverture de trois comptes bancaires destinés à accueillir ces restitutions.

    Cette initiative avait suscité de vives réactions au sein de la classe politique et de la société civile. Plusieurs observateurs y voyaient davantage un appel moral qu’un mécanisme efficace de lutte contre la corruption, appelant plutôt à l’application stricte de la loi.

    La loi plutôt que l’appel à la bonne volonté

    Pour de nombreux analystes, la lutte contre la corruption ne peut pas reposer sur la seule restitution volontaire. Les infractions économiques, détournement, fraude, corruption, blanchiment d’argent, sont encadrées par des procédures judiciaires précises, qui supposent des enquêtes, poursuites et sanctions.

    Comme l’avait souligné Gabriel Rufyiri lors de l’annonce de la création des comptes pour la restitution  de l’argent volé: « Personne ne rend l’argent volé à l’État de son plein gré. »
    Faustin Ndikumana rappelait, de son côté, que « les lois sont claires », tandis que le président de la Parcem insistait sur la nécessité d’« une application rigoureuse de la loi » face aux crimes économiques.

    Transparence inachevée et zones d’ombre

    Dans le cas précis du Palais de Kiriri, la déclaration présidentielle laisse subsister de nombreuses zones d’ombre. Qui percevait les loyers évoqués ? Où est allé l’argent public ? Des comptes ont-ils été identifiés ? Des sanctions ont-elles été prises ? À ce jour, aucune information officielle n’a été communiquée sur d’éventuelles enquêtes ou suites judiciaires.

    Annoncer une irrégularité sans en présenter les conclusions revient à livrer une information incomplète. En matière de gouvernance publique, cette approche entretient la confusion et empêche toute reddition de comptes effective.

    Pourtant, le Burundi dispose d’institutions dont la lutte contre la corruption fait partie des missions fondamentales : l’Inspection générale de l’État, la Cour des comptes, la Brigade anticorruption, la Cour anticorruption ou encore la Cour suprême. Autant d’organes habilités à enquêter, poursuivre et sanctionner.

    À ce stade, la révélation autour du Palais de Kiriri apparaît moins comme un exercice de transparence que comme une hypocrisie politique. Or, l’argent public ne disparaît pas tout seul. Sans enquêtes abouties ni décisions visibles, le flou persiste, et ce flou, loin d’être anodin, continue d’affaiblir la confiance des citoyens dans la gouvernance publique.

    ____________________________________________

    Photo : Allée menant au palais présidentiel de Kiriri. © DR

     

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