Contrairement à certaines informations largement relayées sur les réseaux sociaux, notamment par des plateformes très suivies comme celle d’Éric Nyandwi sur Facebook, le gouvernement du Burundi n’a pas encore payé les plus de 50 milliards de francs burundais réclamés par la Fertilizer Organo-Mineral Industry (FOMI). Les faits actuellement disponibles indiquent plutôt une suspension des paiements et le lancement d’un audit approfondi sur le terrain, destiné à clarifier une situation devenue hautement sensible.
Au cœur de la polémique : la brouille ouverte entre FOMI et le ministre des Finances, Dr Alain Ndikumana, qui a tenu en haleine la presse et l’opinion publique ces derniers jours.
Dans un communiqué officiel, le ministère de l’Agriculture a annoncé la tenue, du 13 au 17 janvier 2026, d’un recensement des agriculteurs ayant payé des engrais entre 2022 et 2026 sans jamais les recevoir. L’objectif affiché est triple : vérifier les données déclarées dans les rapports antérieurs, corriger les irrégularités éventuelles, sécuriser l’approvisionnement en engrais pour la saison culturale 2026.
Cette opération sera conduite conjointement par trois ministères stratégiques : le ministère de l’Agriculture, le ministère des Finances et celui de l’Intérieur.
Les agriculteurs concernés devront présenter leurs preuves de paiement et déclarer les quantités effectivement non livrées.
Une revendication financière au cœur du contentieux
En toile de fond, FOMI réclame à l’État burundais plus de 50 milliards de BIF, correspondant, selon l’entreprise, à des engrais déjà livrés.Le ministère des Finances conteste formellement cette version, affirmant que ces quantités ne figurent dans aucun contrat officiellement signé.
Dans le même temps, sur le terrain, de nombreux agriculteurs dénoncent des manquements persistants dans la livraison des engrais, alors même que les paiements auraient été effectués à l’avance. Cette contradiction entre documents contractuels, déclarations institutionnelles et réalités agricoles alimente la confusion et renforce la nécessité de l’audit en cours.
Selon des sources internes au ministère, toutes les opérations financières et paiements vers FOMI ont été suspendus dans l’attente des résultats de cet audit.
Ton offensif de la part de FOMI
Du côté de FOMI, le ton est nettement plus offensif.
Lors d’une conférence de presse tenue le 31 décembre 2025, le Directeur général adjoint de l’usine, Herménégilde Manyange, a estimé que « le ministre des Finances a largement dépassé les limites », allant jusqu’à déclarer que FOMI « mérite plutôt une médaille pour ce qu’il accomplit pour la population burundaise ».
Il a rejeté toute accusation de menaces ou d’intimidations à l’encontre du ministre, alors même que ce dernier affirme en avoir été la cible. Selon Manyange, le ministre aurait « livré des informations insuffisamment documentées », une situation qu’il relie, sans détour, à un supposé « manque d’ancienneté dans certaines responsabilités ».
Il appelle le ministre à « relire attentivement les contrats liant FOMI au gouvernement du Burundi », afin de « mieux comprendre le mode de fonctionnement du partenariat ».
Un dossier désormais hautement politique
La crise autour de FOMI ne relève plus du seul registre technique ou contractuel. À bien des égards, le dossier a pris une dimension éminemment politique.
La visite effectuée en début de semaine par le Président de la République au ministère des Finances, officiellement pour encourager les équipes dans leur travail quotidien, illustre le niveau d’attention accordé à ce dossier au sommet de l’État. Cette séquence est interprétée par certains observateurs comme le révélateur de mésententes profondes au sein des cercles dirigeants, d’autant plus que, dans le même temps, le Secrétaire général du parti au pouvoir, le CNDD-FDD, a semblé minimiser les menaces sécuritaires évoquées par le ministre des Finances, déclarant notamment : « il a la garde officielle, veut-il une sécurité venue du ciel ? ».
Le même responsable politique a également affirmé que « FOMI, n’étant pas une institution publique, ne devrait pas répondre du manque de fertilisants », une déclaration perçue comme une tentative de décharger l’entreprise de la pression liée à sa responsabilité, comme bénéficiaire d’un monopole dans le secteur des fertilisants.
Dans ce contexte, la bataille est loin d’être terminée. Entre audit de terrain, suspension des paiements, bras de fer communicationnel et enjeux de souveraineté économique, le dossier FOMI est appelé à connaître de nouveaux rebondissements dans les semaines à venir.
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Photo : Des engrais produits par la FOMI stockés dans un entrepôt. L’entreprise réclame plus de 50 milliards BIF à l’État burundais, les paiements restent suspendus et un audit officiel est en cours pour vérifier les livraisons effectives. © DR
