La signature, le 4 décembre à Washington, des Washington Accords for Peace and Prosperity entre la République démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda a suscité une salve de commentaires enthousiastes. Donald Trump, hôte de la cérémonie, a parlé d’un « miracle ». Aux côtés du président burundais Évariste Ndayishimiye, les dirigeants de la région ont laissé flotter l’idée d’un tournant décisif pour l’est de la RDC. Plusieurs médias ont relayé l’hypothèse d’une « paix immédiate ». Mais le texte, publié par le Département d’État américain, raconte une histoire moins fulgurante.
À Washington, les déclarations ont entretenu l’impression d’un basculement instantané. Donald Trump a évoqué un « cessez-le-feu permanent immédiat ». Paul Kagame a annoncé une « levée immédiate des mesures défensives ». Félix Tshisekedi a parlé d’une « neutralisation rapide » des Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR).
Pourtant, l’accord ne prévoit aucune action instantanée. Il consolide des engagements pris en juin 2025 et s’appuie sur le Plan Harmonisé pour la Neutralisation des FDLR et le Désengagement des Forces (CONOPS), datant d’octobre 2024. Son architecture repose sur des phases successives, étalées sur plusieurs semaines.
Retrait des troupes rwandaises : un processus de trois mois
L’article 1.1 prévoit le désengagement des forces rwandaises selon un calendrier gradué.
La Phase 2, censée marquer la fin des mesures défensives et des incursions transfrontalières, doit être achevée dans un délai maximal de 90 jours après l’entrée en vigueur de l’accord.
Le retrait complet est donc pensé pour s’étaler sur environ trois mois, sous supervision d’un Mécanisme conjoint de coordination sécuritaire (JSCM), réuni mensuellement.
Aucune clause ne mentionne un retrait immédiat : chaque étape doit être vérifiée conjointement.
Neutralisation des FDLR : une opération étalée
L’article 1.2 confie à la RDC la neutralisation des FDLR. Le CONOPS détaille trois séquences :
- une première phase de localisation, durant les deux premières semaines ;
- une phase opératoire autour de la troisième et de la quatrième semaine ;
- puis une phase d’évaluation, au troisième mois.
Si l’accord insiste sur la fin « irréversible et vérifiable » de tout soutien étatique aux FDLR, il ne prévoit pas de cessation immédiate des hostilités.
Cessez-le-feu : un principe, pas encore un mécanisme
L’accord interdit tout soutien aux groupes armés (articles 1.4 et 2.1) et affirme une cessation immédiate des appuis étatiques. Mais ces engagements supposent la mise en place de structures encore embryonnaires :
- le JSCM doit être opérationnel dans les 30 jours ;
- un Comité conjoint de supervision doit se réunir dans les 45 jours.
Faute de mécanismes de sanction immédiats, la portée à court terme de ces engagements demeure incertaine.
Un cadre, pas une rupture
L’accord de Washington esquisse un cadre de coopération sécuritaire plutôt qu’une solution instantanée. Il repose sur la coordination régionale et sur un calendrier progressif, sans citer le Burundi, pourtant présent militairement dans l’est de la RDC via la mission de la SADC.
Loin des annonces triomphales de paix immédiate, le texte décrit un processus par étapes.
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Photo : Les présidents Paul Kagame et Félix Tshisekedi aux côtés de Donald Trump lors de la signature des accords de Washington. © DR
