Dans une interview accordée à la BBC le 11 novembre 2025, le porte-parole de l’armée burundaise, le Général de Brigade Gaspard Baratuza, a affirmé avec certitude que « l’armée burundaise n’est pas présente dans les hauts plateaux de Minembwe ». Il rejetait ainsi les accusations formulées par les leaders des femmes banyamulenge, qui dénoncent depuis plusieurs mois des exactions, des restrictions de mouvement et un climat de terreur imposé à leur communauté.
Pourtant, au fil des recoupements, témoignages d’habitants, alertes d’ONG et fuites issues même de sources militaires burundaises, une réalité parallèle se dessine : des troupes burundaises seraient bel et bien déployées en nombre à Minembwe, en totale contradiction avec la version officielle.
Des propos officiels marqués par un paradoxe
Interrogé sur les plaintes des Banyamulenge, le Général Baratuza a qualifié ces accusations de « mensonges », réaffirmant que « les soldats burundais ne se trouvent pas à Minembwe ».
Cependant, dans la même intervention, il adopte un ton ambigu, affirmant que les populations de Minembwe pourraient continuer à être privées de liberté tant qu’elles ne se « désolidarisent pas » des groupes armés tels que Red Tabara, la branche de Nzabampema ou encore le M23.
Une contradiction de taille : comment l’armée burundaise exercerait-elle une pression sur une population vivant dans une zone où elle prétend ne pas être présente ?
Témoignages locaux : une présence armée quotidienne
À Minembwe, le discours officiel ne convainc personne. Les habitants décrivent une réalité opposée : patrouilles régulières, postes de contrôle, blocus routiers et intimidations rythmeraient la vie locale depuis plusieurs mois.
Un habitant, interrogé sous anonymat par Burundi Facts, témoigne :
« Nous pouvons passer deux jours encerclés par les militaires burundais. Ils nous tabassent, ils nous terrorisent avec des propos blessants. Ils disent qu’ils peuvent nous éliminer si nous nous solidariserons du M23 ou de Twigwaneho. »
De nombreux récits similaires circulent dans la région. Plusieurs habitants soutiennent que les soldats burundais bloquent les déplacements vers des localités voisines comme Muramvya, Mugeti ou Mazembwe, empêchant l’acheminement de biens essentiels et isolant volontairement la communauté banyamulenge.
Des ONG alertent sur des méthodes d’intimidation ciblée
Pour Irène Kamanzi, représentante d’ISOKO Europe, les justifications avancées par le porte-parole burundais ne tiennent pas. Selon elle, « dire que les Banyamulenge seraient malmenés pour leur collaboration avec Red Tabara est une vieille excuse ».
Elle estime que le Burundi s’est aligné politiquement sur Kinshasa, ce qui se traduit par une hostilité ciblée envers les Banyamulenge :
« Ils utilisent des mensonges pour justifier leur déploiement dans les hauts plateaux. »
D’autres organisations locales, leaders religieux et associations de femmes évoquent un blocus humanitaire délibéré, destiné à affaiblir et affamer la communauté.
Un officier burundais contredit la ligne officielle
L’un des éléments les plus contradictoires provient d’une source interne à l’armée burundaise. Un officier supérieur, impliqué dans les opérations en RDC, affirme qu’un important renfort a été déployé une semaine plus tôt :
« Cinq bataillons ont été envoyés via le lac Tanganyika à destination de Baraka, puis redéployés dans les hauts plateaux, y compris Minembwe. »
Une affirmation qui contredit directement la position défendue par le Général Baratuza et suggère que le commandement burundais serait parfaitement au courant de la présence de ses troupes sur place.
Une stratégie de déni ?
La divergence entre la communication officielle et les éléments recueillis soulève une question centrale : pourquoi nier un déploiement militaire qui semble pourtant avéré ?
Des analystes évoquent plusieurs explications : éviter d’assumer d’éventuelles violations des droits humains, préserver la coopération militaire avec Kinshasa ou encore prévenir d’éventuelles sanctions internationales, à un moment où la présence de forces étrangères en RDC fait l’objet d’une attention accrue.
Conclusion : un décalage difficile à masquer
Malgré le déni officiel, la convergence des témoignages d’habitants, les signalements d’ONG et la confirmation d’un officier burundais mettent en évidence une réalité difficile à ignorer : l’armée burundaise est présente dans les hauts plateaux de Minembwe.
Les récits d’exactions, de blocages et d’intimidations s’inscrivent dans un schéma récurrent rapporté par des sources multiples et fiables. Dans ce contexte, les déclarations du porte-parole militaire apparaissent non seulement incohérentes, mais aussi largement décalées par rapport aux faits observés sur le terrain.
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Photo : Le porte-parole de l’armée burundaise, le Général de Brigade Gaspard Baratuza, affirme que les soldats burundais ne sont pas présents dans les hauts plateaux de Minembwe. © DR
