En 2020, le président Evariste Ndayishimiye promettait : « Jamais sans les médias ». Mais cinq ans plus tard, les pratiques de l’Assemblée nationale dirigée par Daniel Gélase Ndabirabe semblent contredire cet engagement. Plusieurs médias privés ont été écartés de la couverture parlementaire, soulevant de sérieuses inquiétudes sur la liberté de la presse et le droit à l’information au Burundi.
Quelques jours après son investiture en 2020, le président Evariste Ndayishimiye lançait un message porteur d’espoir : « Jamais sans les médias ». Dans ce discours, il promettait une gouvernance ouverte, fondée sur la liberté d’expression et le droit à l’information. Quatre ans plus tard, cette promesse paraît compromise par une série de décisions politiques restrictives, dont la plus récente émane de l’Assemblée nationale.
Exclusion ciblée des médias privés
Selon plusieurs sources journalistiques, l’Assemblée nationale dirigée par Daniel Gélase Ndabirabe a imposé de sévères restrictions d’accès aux journalistes souhaitant couvrir ses travaux.
Seules deux structures ont été autorisées à entrer dans l’hémicycle de Kigobe : Radio-Télévision Rema, proche du parti au pouvoir, le CNDD-FDD, et Iris News, dont les critères de sélection demeurent opaques.
Autre anomalie relevée : ce ne sont pas les médias en tant qu’institutions qui ont été accrédités, mais des journalistes désignés individuellement, sans appel public ni critères transparents. Une démarche qui laisse présumer une sélection arbitraire et politiquement orientée.
Une dérive contraire aux standards démocratiques
Pour Franck Kaze, journaliste et expert en communication, la situation est alarmante : « C’est une catastrophe pour le pays parce que l’Assemblée nationale devrait donner l’exemple en matière de transparence dans la gestion des affaires publiques. »
Et d’ajouter : « Cela signifie qu’ils ont sans doute choisi des journalistes à qui ils donneront des consignes, pour leur dire ce qu’ils veulent entendre, et non pour avoir un regard critique. »
Un CNC silencieux face à ses responsabilités
Le Conseil National de la Communication (CNC), qui devrait veiller au respect de la liberté de la presse, n’a émis aucune réaction. Plusieurs journalistes, notamment issus de la presse privée, dénoncent une institution désormais plus proche de l’oppresseur que du régulateur.
Atteinte au droit à l’information
Le Parlement étant une institution publique, ses activités doivent être accessibles à tous les citoyens à travers une couverture médiatique plurielle, critique et indépendante. L’exclusion de la majorité des médias revient à restreindre l’accès des Burundais à une information diversifiée – un principe pourtant garanti par l’article 31 de la Constitution.
En outre, le fait de choisir certains journalistes individuellement crée une inégalité de traitement entre les médias et ouvre la voie à une forme de censure indirecte.
Vers un musellement total de la presse ?
En désignant des journalistes « sur mesure » et en restant silencieux sur les critères appliqués, l’Assemblée nationale s’inscrit dans une logique de contrôle de l’information. Comme le résume Franck Kaze : « Le Burundi est en marche vers un musellement total de la presse burundaise. »
Conclusion
La décision du président de l’Assemblée nationale, Daniel Gélase Ndabirabe, d’écarter la plupart des médias privés de la couverture parlementaire constitue une violation flagrante des principes de liberté de la presse. Elle contredit directement les engagements du chef de l’État, mine la transparence démocratique et alimente la crainte d’un retour progressif à la censure étatique.
Dans une démocratie saine, la presse doit jouer son rôle de contre-pouvoir, et non se réduire à un instrument de communication politique. L’avenir du journalisme indépendant au Burundi se joue, une fois encore, dans une atmosphère d’inquiétude et de méfiance.
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Photo : Députés réunis en séance au Palais de Kigobe © DR
