Le 21 juillet 2025, à Gitega, capitale politique du Burundi, le ministre de l’Intérieur, du Développement communautaire et de la Sécurité publique a ordonné le strict respect des tarifs officiels dans le transport en commun. Il a averti que toute violation serait sanctionnée sévèrement. Mais à peine la directive annoncée, une paralysie presque totale du secteur a touché Bujumbura et plusieurs autres provinces. La mesure est-elle réaliste dans le contexte actuel ? Éléments de vérification.
Le 23 juillet, lors d’une réunion dans la province de Buhumuza, le ministre a précisé que tout transporteur ne respectant pas les prix fixés par l’État s’exposerait à des procès en flagrance et à des amendes pouvant aller jusqu’à 1 million de francs burundais. La décision a été confirmée par plusieurs sources administratives et largement relayée dans les médias publics.
Des prix officiels impossibles à appliquer
Sur le terrain, les transporteurs affirment que les conditions actuelles rendent l’application de ces tarifs irréaliste. À COTEBU, l’un des plus grands parkings de Bujumbura, des chauffeurs interrogés évoquent :
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Un prix du carburant au marché noir atteignant jusqu’à 15 000 FBu/litre ;
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L’absence de carburant au tarif officiel, en raison notamment de l’interruption de l’approvisionnement par la SOPEBU depuis plus d’un mois.
Face à cette situation, de nombreuses agences ont suspendu leurs trajets. Les parkings comme COTEBU (Bujumbura) ou Zege (Gitega) sont quasiment à l’arrêt.
Une suspension volontaire des activités
Plutôt que de risquer des sanctions ou de subir des pertes, plusieurs transporteurs ont préféré arrêter volontairement leurs activités. Pour Charles Ntirampeba, porte-parole de l’ATTRABU (Association des Transporteurs du Burundi) :
« Les transporteurs ne veulent pas bloquer le pays, mais ils ne peuvent pas continuer à travailler à perte. »
Les passagers, premières victimes de la crise
La paralysie du secteur a des conséquences immédiates sur les usagers. Des témoignages recueillis dans les villes de Bujumbura et Gitega révèlent une situation critique :
À COTEBU, des passagers attendent depuis l’aube sans aucun départ.
À Zege, certains attendent depuis trois jours, et les produits périssables qu’ils transportent commencent à pourrir.
« J’étais censée livrer des vivres à Bujumbura. Aujourd’hui, ils commencent à pourrir », déplore une commerçante rencontrée sur place.
Aucune solution d’approvisionnement concrète
Depuis l’annonce du 23 juillet, aucune mesure concrète (subventions, livraison de carburant réservée aux transporteurs, allègement fiscal temporaire) n’a été prise pour accompagner le secteur.
Le 13 juin, le ministre de l’Énergie avait bien tenu un discours appelant à une gestion rationnelle du carburant : « Le carburant est comme le sang qui coule dans nos veines. Ceux qui ne contribuent pas à générer des devises pour le pays ne peuvent pas en demander sans mesure. »
Mais cette déclaration est restée générale et sans suite opérationnelle, notamment en ce qui concerne les besoins spécifiques du secteur du transport.
Conclusion
La décision gouvernementale d’imposer le respect strict des tarifs officiels dans le transport public est avérée. Toutefois, elle se heurte à une réalité économique marquée par une pénurie persistante de carburant et un marché parallèle devenu incontournable.
En l’absence de mesures d’accompagnement, les sanctions ont provoqué un effet contraire à celui escompté : une paralysie quasi totale du transport, aggravant les difficultés pour les usagers et menaçant l’équilibre de l’activité économique dans plusieurs provinces.
En résumé :
– Le gouvernement a bel et bien ordonné le respect des prix officiels.
– Mais dans les conditions actuelles, la mesure s’avère inapplicable.
– Résultat : une suspension massive des activités, au détriment des passagers et commerçants.
Une sortie de crise durable nécessitera un dialogue sincère entre l’État et les acteurs du transport, afin de construire ensemble des solutions réalistes, fondées sur la disponibilité effective du carburant et une gestion pragmatique des tarifs.
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Photo : Des passagers contraints d’attendre des heures au parking COTEBU, paralysé par l’arrêt des transports © DR
