Le Burundi a-t-il enregistré un surplus de production du maïs durant la précédente saison culturale ?
Dans sa déclaration, le ministre de l’Environnement, de l’Agriculture et de l’Élevage, Prosper Dodiko, a annoncé le 8 juin que le pays a connu un « un surplus de production du maïs ».
Lors d’un point de presse tenu le 8 juin 2024 pour évaluer la saison agricole de 2024, Prosper Dodiko, ministre burundais de l’Environnement, de l’Agriculture et de l’Élevage, a déclaré :
« La saison 2024, durant laquelle nous avons principalement cultivé le maïs, a été marquée par des pluies régulières, un encadrement de proximité renforcé et des efforts considérables du ministère pour garantir la disponibilité des intrants agricoles tels que les fertilisants, les semences et les outils agricoles. Vous vous souvenez que lors de la saison précédente, Son Excellence le président de la République est intervenu en important par avion des semences initialement prévues pour arriver par voie maritime. De plus, nous avons observé que les fonctionnaires et les investisseurs privés ont également contribué en établissant des centres de rayonnement. La combinaison de tous ces efforts a conduit à une augmentation de la production, surpassant nos attentes. Face à cette surproduction, l’État a dû fixer un prix pour protéger les agriculteurs et éleveurs. Ainsi, le prix du maïs a été fixé à 1700 francs le kilo, selon l’ANAGESSA. »
Lors de la célébration de ses quatre années au pouvoir, organisée à Nyabihanga, commune de la province de Mwaro, le 23 juin 2024, le chef de l’État est également revenu sur les excellentes récoltes de cette année.
Évaluation du Surplus Agricole : Méthodes et Validité des Données au Burundi
Selon AgEcon Search, le journal, de renommée mondiale, de publications académiques pour la littérature scientifique en économie agricole et appliquée, le terme « surplus agricole » désigne un excédent de production par rapport aux besoins de subsistance de la population.
L’Académie d’Agriculture de France (AAF) utilise la méthode de calcul du Surplus de Productivité Global (SPG) pour évaluer ce surplus. Cette méthode implique de calculer les variations des quantités de production en utilisant les prix de l’année de référence.
Après des recherches approfondies pour déterminer la méthode de calcul employée par le ministère de l’Environnement, de l’Agriculture et de l’Élevage, et en raison de l’absence de statistiques fiables, Burundi Facts ne peut pas attester de la véracité du « surplus de production de maïs » au Burundi.
Doutes sur la Surproduction Agricole au Burundi : Position de PARCEM et Mesures Gouvernementales
Pour l’organisation « Parole et Action pour le Réveil et l’Évolution des Mentalités » (PARCEM), le directeur national Faustin Ndikumana affirme qu’il est difficile de confirmer une situation de surproduction : « Même au niveau des statistiques, il est complexe d’évaluer avec précision les besoins alimentaires des Burundais et la quantité produite. Concernant la récente production de maïs, il n’y a pas eu de statistiques comparatives permettant de conclure à une surproduction. De plus, cette production n’a pas encore été intégrée dans le circuit économique. »
Lors d’une réunion tenue le 5 juin 2024 au chef-lieu de la province de Ngozi, visant à préparer la saison culturale C, le Premier ministre Gervais Ndirakobuca a interdit à l’Agence Nationale de Gestion et de Gestion des Stocks Stratégiques Alimentaires (ANAGESSA) d’autoriser l’achat de plus de 500 kg par producteur, précisant qu’il était improbable qu’un producteur dépasse cette quantité de récolte.
En avril, en province de Ruyigi, le gouverneur a interdit à tous les producteurs ayant des champs en Tanzanie d’importer leur récolte en raison des prix plus bas appliqués en Tanzanie par rapport à ceux du Burundi. Cette situation ajoute au doute, car si un surplus existait, nos prix seraient plus compétitifs dans la région.
Conclusion
La déclaration du ministre affirmant que « Le Burundi a enregistré une surproduction de maïs » n’est pas vérifiable en raison de plusieurs facteurs :
- La présence de contradictions dans les discours des autorités concernant la production de maïs.
- L’absence de statistiques claires démontrant cette surproduction de maïs.
- La non-divulgation de la méthode utilisée pour calculer ce surplus de production.
