En l’espace d’une semaine, le chef de zone de Kirundo, Jean Marie Karambizi, a pris deux décisions controversées qui suscitent de vives préoccupations en matière de droits humains. La première interdit aux femmes de fréquenter les bistrots après 20 heures, sauf si elles sont accompagnées de leurs maris. La seconde prohibe la construction de maisons en briques non cuites dans la zone de Kirundo. Ces mesures relèvent-elles réellement des compétences d’un chef de zone ? Notre vérification appelle une réponse claire.
Le 3 février 2026, Jean Marie Karambizi, chef de zone de Kirundo en province de Buhumuza, a annoncé qu’il est désormais interdit aux femmes de rester dans les bistrots après 20 heures, sauf en présence de leurs maris. Selon lui, cette mesure vise à renforcer le mariage et à prévenir les conflits familiaux.
Cependant, cette décision soulève de graves inquiétudes en matière de droits humains et d’égalité devant la loi. L’article 13 de la Constitution burundaise stipule clairement que « tous les Burundais sont égaux en mérite et en dignité ». En imposant une restriction qui cible uniquement les femmes, cette mesure introduit une discrimination fondée sur le genre, en contradiction directe avec le principe constitutionnel d’égalité.
Une mesure similaire avait été prise en février 2025 par l’administrateur de la commune de Mabayi, ancienne province de Cibitoke, actuellement Bujumbura. Elle interdisait aux femmes de travailler dans les cabarets et de s’y trouver après 20 heures sans être accompagnées de leurs maris. Selon plusieurs sources locales, cette décision n’avait pas été appliquée, notamment parce qu’elle portait atteinte aux droits des femmes et violait également l’article 13 de la Constitution.
Une interdiction aux lourdes conséquences sociales
La seconde décision prise par le chef de zone concerne l’interdiction de construire des maisons en briques non cuites à Kirundo. Il aurait déclaré que vivre en ville ou au centre est réservé « à ceux qui en ont les moyens », et non à ceux qui le souhaitent.
Cette mesure pose un problème social et économique majeur. Dans un contexte où le pays traverse une période économique difficile, la construction en briques cuites représente un coût très élevé pour de nombreux citoyens. Les prix des matériaux de construction ont considérablement augmenté.
Selon des habitants de Kirundo, une brique cuite coûte 100 BIF, hors frais de transport. Pour un citoyen aux revenus modestes, vivant principalement de l’agriculture et du travail manuel, les briques nécessaires à la construction d’une maison sont chères.
Interdire l’usage des briques non cuites sans prévoir de mesures d’accompagnement constitue une décision lourde de conséquences. Une telle orientation devrait relever d’une politique nationale bien planifiée, assortie de mécanismes de soutien pour les ménages à faibles revenus. En l’absence de telles mesures, cette interdiction apparaît disproportionnée et socialement injuste.
Conclusion
Au regard du cadre légal burundais, le chef de zone ne dispose pas du pouvoir de prendre des décisions qui restreignent les libertés fondamentales ou qui contredisent la Constitution. La première mesure est manifestement discriminatoire et contraire au principe constitutionnel d’égalité.
La seconde relève d’une politique d’aménagement ou d’urbanisme qui devrait être définie au niveau national ou communal, et non imposée unilatéralement au niveau d’une zone. En conséquence, ces décisions dépassent les compétences d’un chef de zone et soulèvent de sérieuses questions de légalité et de respect des droits fondamentaux.
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Photo : Bureaux de la zone de Kirundo, où ont été annoncées les décisions controversées interdisant aux femmes de fréquenter les bistrots après 20 heures et prohibant la construction de maisons en briques non cuites. © DR
