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    Home » Zéro enfant mal assis : une promesse encore loin de la réalité

    Zéro enfant mal assis : une promesse encore loin de la réalité

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    By BURUNDI FACTS on 31 mars 2026 Société
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    Au début de l’année scolaire 2025-2026, le ministre de l’Éducation nationale et de la Recherche scientifique, François Havyarimana, avait annoncé une politique ambitieuse : garantir qu’aucun élève ne soit mal assis d’ici la fin de l’année. Cet engagement, accueilli avec soulagement, devait améliorer concrètement les conditions d’apprentissage à travers le pays. Pour atteindre cet objectif, le gouvernement avait annoncé une enveloppe de 18 milliards de francs burundais destinée à l’acquisition de bancs pupitres. Pourtant, à quelques semaines de la fin du deuxième trimestre, la promesse tarde à se matérialiser. Dans de nombreuses écoles, les élèves continuent d’étudier dans des conditions inchangées. Dès lors, une question s’impose : pourquoi, malgré les moyens annoncés, la situation persiste-t-elle ?

    Le 17 juillet 2025, à Gitega, lors d’une réunion avec des administrateurs communaux et des responsables éducatifs, le ministre avait été catégorique : aucun enfant ne devait être assis à même le sol ou dans de mauvaises conditions à la fin de l’année scolaire.

    « Nous avons dédié cette année 2025-2026 à la campagne “Zéro enfant mal assis en classe”. À la fin de cette année, nous ne voulons plus voir un enfant assis par terre ou mal assis. Nous sommes à l’œuvre et, de votre côté, vous devez vous approprier cette question en collaboration avec les administrateurs et les gouverneurs. »

    Il avait réitéré cet engagement lors du lancement officiel de l’année scolaire, le 15 septembre 2025, au lycée Busiga, en commune Ngozi.

    Cependant, sur le terrain, la réalité contraste avec ces déclarations. Dans de nombreux établissements, tant en milieu urbain que rural, l’objectif de deux élèves par banc reste largement hors d’atteinte.

    Une réalité préoccupante dans les écoles

    À l’École fondamentale de Gasenyi 2, située en zone Gihosha (Bujumbura), une classe de 8e année compte plus de 80 élèves pour une capacité de 45, contraignant les élèves à s’asseoir à quatre par banc.

    La situation est encore plus critique à l’École fondamentale de Gikungu, où quatre salles de classe ont été abandonnées faute de bancs pupitres. L’administration a dû fusionner certaines classes et instaurer un système de double vacation, notamment pour les 7e, 8e et 9e années.

    Un responsable de l’établissement résume la situation sans détour : la politique du « zéro enfant mal assis » relève davantage d’« une promesse politique », loin des réalités quotidiennes.

    À l’école primaire de Jabe 1, deux classes de 3e année ont été regroupées, portant à 104 le nombre d’élèves dans une seule salle. Cette surpopulation a poussé certains parents à retirer leurs enfants.

    Le constat est similaire dans la province de Buhumuza. Dans les écoles fondamentales de Kibongera, Nkoyoyo, Mageni et Kwibuye (zone Muyinga), des enseignants témoignent que le manque de bancs reste criant. « Certains apprenants s’asseyent à même le sol », confie l’un d’eux.

    Dans d’autres établissements, notamment à Murama, Rutoke (zone Rugari), Nyamarumba et Musenyi (zone Munagano), les élèves s’entassent à quatre, cinq, voire six par banc. Les premières années (1re à 4e) sont particulièrement touchées. Seules quelques écoles proches des centres communaux semblent avoir bénéficié d’un début d’équipement.

    Des moyens annoncés, mais peu visibles

    Le 25 décembre 2025, devant le Sénat, le ministre des Finances, du Budget et de l’Économie numérique, Alain Ndikumana, avait annoncé le déblocage de 18 milliards de francs pour l’achat de 336 000 bancs pupitres.

    Selon ce plan, chaque direction communale de l’enseignement devait recevoir 100 millions de francs : 50 millions pour la fabrication urgente des bancs, et 50 millions pour l’exploitation du bois nécessaire.

    Le 12 mars 2026, lors d’une visite dans l’Ouest du pays, le ministre de l’Éducation a assuré que ces fonds avaient été transférés aux communes.

    Mais dans les écoles, les résultats tardent à se concrétiser. Plusieurs directeurs indiquent que les bancs sont encore en fabrication et que les livraisons n’ont pas encore eu lieu.

    Dès lors, une interrogation persiste : les autorités ont-elles anticipé les annonces sans maîtriser les contraintes de mise en œuvre ?

    Manque de suivi et soupçons de mauvaise gestion

    Pour certains observateurs, les difficultés ne relèvent pas uniquement de contraintes logistiques.

    Arsène Arakaza, président du Centre pour le Renforcement de l’Éducation et du Développement de la Jeunesse (CREDEJ), estime que cette initiative s’inscrit dans une logique déjà observée dans d’autres programmes publics.
    « Ce n’est qu’un slogan pour montrer aux bailleurs que le gouvernement agit, mais il n’y a pas de programme clair », affirme-t-il.

    Des soupçons de mauvaise gestion viennent également compliquer la situation. Le ministre de l’Éducation lui-même a évoqué des irrégularités dans l’utilisation des fonds alloués aux communes, lors d’une réunion à Gitega.

    Malgré l’existence d’enquêtes, aucune action judiciaire n’a été engagée à ce jour. « Nous avons mené des enquêtes, mais aucune action judiciaire n’a été diligentée », déplore Arsène Arakaza.

    Le manque de mécanismes de suivi et de redevabilité apparaît ainsi comme un obstacle majeur à la mise en œuvre effective du programme.

    Conclusion

    En dépit des annonces et des moyens mobilisés, la campagne « Zéro enfant mal assis » peine à produire des effets concrets. Sur le terrain, les conditions d’apprentissage restent largement inchangées pour de nombreux élèves.

    À mesure que l’année scolaire avance, le risque est réel de voir cette ambition se transformer en objectif non atteint pour l’exercice 2025-2026.

    ____________________________________________

    Photo : Dans plusieurs écoles, faute de bancs pupitres suffisants, des élèves sont encore contraints de s’asseoir à même le sol, malgré la promesse du « zéro enfant mal assis ». © DR

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