Sacs de feuilles de thé abandonnés, journées de travail sans revenus assurés… Sur le terrain, de nombreux producteurs dénoncent des dysfonctionnements persistants dans la collecte de leur production, en dépit des efforts affichés pour relancer la filière. Que disent réellement les faits ?
Sur les collines de Mutobo et Rurambira, en commune Rwibaga (province Bujumbura), l’incertitude rythme le quotidien des cultivateurs. Après plusieurs heures passées dans les plantations, certains affirment voir leur récolte rester sur place, faute de passage des agents chargés de la collecte. « Nous travaillons dur, mais parfois notre thé se perd », témoignent-ils, évoquant des pertes de plus en plus fréquentes.
Ces producteurs pointent directement des défaillances dans le système de collecte de l’Office du thé du Burundi (OTB). Retards répétés, organisation logistique jugée défaillante, pertes financières importantes : certains affirment désormais travailler à perte. Pour plusieurs d’entre eux, la situation devient critique, au point d’envisager l’abandon de cette culture pourtant essentielle à leur subsistance.
Une filière stratégique pour l’économie nationale
Le thé figure parmi les principales exportations du Burundi, aux côtés du café, et constitue une source majeure de devises dans un contexte de pénurie chronique de monnaies étrangères. Conscient de cet enjeu, le gouvernement a engagé ces dernières années plusieurs réformes pour redynamiser le secteur.
Parmi les mesures annoncées : la réhabilitation des usines de transformation, l’extension des plantations, la structuration des coopératives agricoles et des ajustements de gouvernance au sein des entreprises publiques, notamment l’OTB. L’objectif est clair : améliorer la qualité, accroître la production et augmenter les revenus des producteurs.
Des blocages persistants sur le terrain
Cependant, ces ambitions peinent à se concrétiser dans les zones de production. Des témoignages concordants indiquent que la collecte n’est pas toujours assurée à temps. Or, le caractère périssable des feuilles de thé rend chaque retard particulièrement coûteux. « Quand ils ne viennent pas, tout notre travail est perdu », déplorent plusieurs cultivateurs.
Les difficultés logistiques sont au cœur des plaintes : insuffisance de véhicules, mauvaise organisation, pénuries de carburant… Autant de facteurs qui perturbent la chaîne de collecte. À cela s’ajoute une rentabilité jugée de plus en plus faible, certains producteurs estimant que leurs coûts de production dépassent les revenus tirés de la vente du thé.
Le malaise est aggravé par un manque de communication. De nombreux producteurs affirment ne recevoir aucune explication face aux retards ou aux dysfonctionnements. « On ne nous dit rien », résume l’un d’eux, illustrant un sentiment largement partagé.
L’Olucome appelle à plus de transparence
Face à ces constats, l’Observatoire de lutte contre la corruption et les malversations économiques (Olucome) plaide pour une gestion plus transparente des entreprises publiques, en particulier dans un secteur aussi stratégique.
L’organisation rappelle que le thé demeure une culture d’exportation clé, essentielle dans un contexte de rareté des devises. Selon elle, les défaillances observées ne pénalisent pas uniquement les producteurs, mais fragilisent également l’économie nationale.
L’Olucome insiste sur la nécessité d’améliorer la transparence, d’optimiser la gestion logistique et de renforcer la communication entre les différents acteurs afin de restaurer la confiance des producteurs.
Un manque de données qui limite l’analyse
Malgré ces éléments, plusieurs données essentielles restent indisponibles. Les volumes exacts de production non collectée, les capacités logistiques réelles de l’OTB ou encore les mécanismes précis de fixation des prix ne sont pas accessibles publiquement.
Ce déficit d’information empêche une évaluation indépendante et complète de la situation.
Une filière à un tournant
Derrière ces dysfonctionnements, ce sont des milliers de familles rurales qui s’inquiètent pour leur avenir. Sans amélioration rapide, certains producteurs pourraient abandonner définitivement la culture du thé.
Une telle évolution aurait des conséquences majeures, tant pour les ménages concernés que pour l’économie burundaise, fortement dépendante de ses exportations agricoles.
Conclusion
Au vu des éléments disponibles, les plaintes des producteurs apparaissent globalement fondées, notamment sur les problèmes de collecte et de rentabilité. Si des réformes ont bien été engagées, leur impact reste, à ce stade, limité sur le terrain.
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Photo : Des théiculteurs posant avec des feuilles de thé devant un hangar de collecte, dans la province de Bujumbura, où des retards signalés dans la prise en charge de la production alimentent les plaintes des producteurs. © DR
