Le 10 mars 2026, le président burundais Évariste Ndayishimiye a affirmé que la démocratie progresse au Burundi et que « personne n’a peur de s’exprimer ». Pourtant, plusieurs faits observés sur le terrain, arrestations de journalistes, prisonniers d’opinion, restrictions dans les universités et critiques d’acteurs politiques, remettent sérieusement en question ces déclarations. Analyse.
Lors d’une réunion d’évaluation administrative liée à la Vision Burundi 2040-2060, le chef de l’État a soutenu que la démocratie burundaise connaît des progrès notables.
Selon Évariste Ndayishimiye, « la démocratie ne doit pas être réduite au simple multipartisme ». Il a également insisté sur la liberté d’expression, affirmant que les citoyens peuvent aujourd’hui débattre librement dans les médias et participer à la vie publique.
« Aujourd’hui, il n’y a personne qui a peur de s’exprimer sur un sujet par crainte d’être poursuivi. Chacun peut donner son opinion », a déclaré le président.
Mais plusieurs événements récents contredisent cette affirmation.
Arrestations et pressions contre les journalistes
L’une des critiques les plus fréquentes concerne la situation de la liberté de la presse.
La journaliste Sandra Muhoza a récemment été emprisonnée avant d’être relâchée sous conditions, avec d’importantes restrictions de circulation. Ce cas s’ajoute à d’autres arrestations de journalistes, sans parler des cas de censures au sein des médias qui travaillent sur le sol burundais.
Par ailleurs, les organisations de défense des droits humains évoquent régulièrement l’existence de prisonniers d’opinion au Burundi et dénoncent des conditions carcérales difficiles, les prisons étant décrites comme pléthoriques.
Ces éléments contredisent l’idée d’une liberté d’expression totale évoquée par le chef de l’État.
Une conférence sur la démocratie suspendue à l’université
Un autre fait récent illustre les tensions autour du débat démocratique.
Une conférence prévue à l’Université du Burundi par le politologue Denis Banshimiyubusa devait porter sur le thème :
« Du processus de démocratisation au Burundi depuis les années 1990 : des hauts et des bas ».
Mais la direction de la faculté des sciences politiques et juridiques a décidé de suspendre la conférence sine die, c’est-à-dire sans fixer de nouvelle date.
Dans une lettre affichée dans les enceintes de l’université, le doyen Calliste NIZANA a évoqué des contraintes organisationnelles et un problème d’agenda pour justifier cette suspension.
« Pour des raisons indépendantes de la volonté de la Faculté des Sciences Politiques et Juridiques (FSPJ), notamment des conflits d’agendas, ladite conférence-débat est annulée et reportée sine die. », on pouvait lire sur l’affichage à l’université du Burundi
Cependant, pour plusieurs observateurs, cette décision illustre la difficulté d’organiser des débats critiques sur la démocratie dans le pays.
Le pouvoir n’aspire en rien aux valeurs de la démocratie
Pour Frédéric Bamvuginyumvira, président de la coalition politique CFOR Arusha, la situation politique du Burundi contredit clairement le discours officiel.
Selon lui :
« Le pouvoir de Bujumbura ou de Gitega n’aspire en rien aux valeurs de la démocratie. »
Il estime que la participation citoyenne, pourtant essentielle dans un système démocratique, est largement absente :
« Nous constatons que le peuple est plutôt absent de cette construction… c’est un peuple appauvri, un peuple qui n’a rien à dire dans la construction de l’État par le CNDD-FDD. »
Il souligne également un manque de tolérance politique :
« Du point de vue politique et social, la tolérance est au plus bas niveau. »
Concernant les élections récentes, il affirme :
« Ce qui s’est passé en 2025 n’étaient pas de véritables élections… il n’y a pas de démocratie. »
Enfin, il dénonce l’état de la justice et des libertés :
« Il n’y a pas de droits. C’est un pays où les droits n’existent pas. Les lois ne sont pas respectées. »
Un pouvoir accusé d’être fortement militarisé
Toujours selon Frédéric Bamvuginyumvira, l’organisation du pouvoir au Burundi refléterait une forte militarisation des institutions.
« Ils veulent diriger le Burundi comme une caserne militaire. »
Il cite notamment la présence d’anciens militaires à des postes clés de l’État, ce qui, selon lui, serait incompatible avec une culture de débat et de pluralisme.
Un autre point souvent soulevé concerne la lutte contre la corruption.
Le président Évariste Ndayishimiye lui-même a régulièrement dénoncé publiquement des détournements de fonds dans l’administration.
Cependant, les critiques estiment que peu de poursuites judiciaires concrètes sont engagées contre les responsables présumés, ce qui alimente l’impression d’une impunité persistante au sein du régime.
Ainsi, les déclarations du président affirmant que personne n’a peur de s’exprimer et que la démocratie progresse au Burundi sont contestées par plusieurs faits observables : arrestations ou pressions visant des journalistes, existence de prisonniers d’opinion, suspension de débats universitaires sur la démocratie, critiques d’acteurs politiques et d’opposants, accusations persistantes de corruption et d’impunité.
En somme
Si le président Évariste Ndayishimiye affirme que la démocratie burundaise se renforce, de nombreux événements récents suggèrent une réalité plus nuancée. Entre restrictions du débat public, arrestations de critiques du pouvoir et accusations de militarisation des institutions, plusieurs indicateurs montrent que la démocratie au Burundi reste fortement contestée.
Pour de nombreux observateurs et acteurs politiques, la démocratie burundaise semble ainsi plus présente dans le discours officiel que dans la pratique quotidienne du pouvoir.
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Photo : Le président Évariste Ndayishimiye affirme que « personne n’a peur de s’exprimer » au Burundi. Mais plusieurs faits récents, débats suspendus, critiques politiques, racontent une autre réalité. © DR
