Notre vérification établit que le projet de construction de buildings à Buyenzi, dont le président Évariste Ndayishimiye s’attribue la paternité, n’est ni nouveau ni inédit et, surtout, n’a pas été imaginé par lui.
Le 23 janvier 2026, à Gitega, lors d’une séance de « moralisation » organisée dans le cadre de la croisade de prières d’action de grâce du parti CNDD-FDD, en amont du congrès de renouvellement de ses dirigeants, le président burundais a expliqué comment lui serait venue l’idée de proposer aux habitants du quartier Buyenzi, en mairie de Bujumbura, un projet de construction de buildings. Selon son propos, les résidents seraient propriétaires des rez-de-chaussée, tandis que les étages supérieurs appartiendraient à d’autres occupants ou à l’État.
Ce que disent les faits
Dans des vidéos largement diffusées en ligne, Évariste Ndayishimiye raconte comment il aurait, à l’époque, pris avec lui l’ancien maire de Bujumbura, Jimmy Hatungimana, pour aller expliquer aux habitants de Buyenzi la nécessité d’« apprendre à vivre dans des étages », selon un modèle où les propriétaires conserveraient les rez-de-chaussée, les niveaux supérieurs revenant à d’autres occupants qui paieraient des loyers ou à l’État.
Or, les premières traces documentées d’un projet de modernisation de Buyenzi par la construction en hauteur remontent au milieu des années 2000, plus précisément à la période 2006–2009, sous la présidence de Pierre Nkurunziza, à une époque où Hussein Radjabu était encore une figure centrale du pouvoir.
Selon un article de référence, publié par Iwacu, des plans architecturaux de buildings avaient déjà été élaborés à cette période, d’abord par un cabinet d’architectes français, puis repris et adaptés par un ingénieur burundais. Le principe était déjà clairement établi : les propriétaires des parcelles conserveraient les rez-de-chaussée, tandis que les étages supérieurs seraient financés et occupés par d’autres résidents. L’objectif était de densifier verticalement Buyenzi, quartier ancien et fortement exposé aux inondations, tout en limitant l’expansion anarchique de la ville de Bujumbura vers les zones cultivables et inondables.
Autrement dit, l’architecture conceptuelle du projet évoqué en 2026 existait déjà près de vingt ans plus tôt.
Un projet officialisé dès 2009
L’article d’Iwacu publié le 26 janvier 2014 rappelle que le projet de modernisation de Buyenzi a été officiellement initié par le gouvernement burundais lors du Conseil des ministres des 24 et 25 juin 2009. Sa mise en œuvre avait été confiée au ministère des Transports, des Travaux publics et de l’Équipement.
À l’époque, le coût global du projet était estimé à 400 millions de dollars américains. Un comité de pilotage avait été mis en place et plusieurs études socio-économiques, juridiques et architecturales ont été menées entre 2011 et 2012. Des démarches de recherche de financements avaient également débuté dès 2013.
Pourquoi le projet n’a-t-il jamais démarré ?
Malgré les études, les maquettes, les consultations de la population et même des voyages d’étude au Kenya, en Éthiopie et au Burkina Faso, le projet n’a jamais été mis en œuvre. Parmi les causes identifiées à l’époque figuraient l’absence de financements sécurisés, la complexité de la relocalisation temporaire des habitants, les inquiétudes liées aux camps de transit, ainsi que la question sensible des lieux de culte. Résultat : le dossier a progressivement été relégué dans les tiroirs de l’administration, sans abandon officiel, mais sans concrétisation.
Verdict du fact-checking
Faux de présenter le projet de buildings à Buyenzi comme une idée nouvelle née en 2026. Il est également faux que le président Évariste Ndayishimiye s’en attribue la paternité.
Il s’agit d’un ancien projet conçu dès le milieu des années 2000, formalisé en 2009, puis resté en suspens pendant plus d’une décennie, avant d’être remis sur la scène politique.
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Photo : Vue partielle du quartier Buyenzi, à Bujumbura, régulièrement cité dans les projets de modernisation urbaine par la construction en hauteur, conçus dès le milieu des années 2000 mais jamais concrétisés. © DR
