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    Home » Non, le parti au pouvoir n’a pas renforcé la démocratie au Burundi

    Non, le parti au pouvoir n’a pas renforcé la démocratie au Burundi

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    By BURUNDI FACTS on 29 janvier 2026 Fact-checks
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    Lors du congrès extraordinaire du CNDD-FDD, le président burundais Évariste Ndayishimiye a multiplié les éloges à l’endroit de son parti, affirmant qu’il aurait consolidé la démocratie et l’État de droit au Burundi. Cette déclaration contraste cependant avec de nombreuses pratiques documentées par la société civile et les Nations unies, qui font état de répression politique, de verrouillage de l’espace civique et d’élections entachées d’irrégularités.

    Depuis 2005, le Conseil national pour la défense de la démocratie-Forces de défense de la démocratie (CNDD-FDD) conserve les rênes du pouvoir. Ainsi, il s’obstine dans son idée d’avoir réussi à recouvrir la démocratie au cours des deux dernières décennies. Le Congrès extraordinaire du parti CNDD-FDD vient de renouveler le mandat du secrétaire général sortant. Dans son mot de clôture, le président Evariste Ndayishimiye a déclaré que son parti a renforcé la démocratie et l’État de droit au Burundi. Tout cela grâce à l’engagement ferme de ses militants et un système judiciaire inébranlable.

    Pour lui, la présence même des représentants des autres partis à ces assises est un signe éloquent que le pays a renoué avec le multipartisme. « Pour le moment, les adversaires politiques ne sont pas des ennemis, mais des partenaires. », affirme-t-il tout en saluant leur présence au conclave des Bagumyabanga tenu à Gitega le week-end dernier.

    Cela étant, la communauté internationale et la société s’inquiètent de la violation flagrante des principes démocratiques alors que les experts réfutent l’affirmation du chef de l’État. Ils alertent plutôt sur l’instauration progressive du système monopartiste qui vire vers le régime autoritaire. Le rapporteur spécial de l’ONU sur la situation des droits humains au Burundi, quant à lui, s’inquiète des pratiques qui attachent le processus démocratique. « L’absence de garanties démocratiques, les obstacles à la participation des opposants, l’intimidation systématique et le musellement des voix critiques confirment que le Burundi s’enfonce dans un autoritarisme de plus en plus assumé », constata Fortuné ZONGO à la veille des élections de 2025.

    Un verrouillage de l’espace politique

    Le changement intervenu depuis l’investiture du président Évariste Ndayishimiye, en juin 2020, n’a apporté aucune réforme structurelle pour répondre aux préoccupations de longue date en gouvernance, en justice et en primauté du droit. Le CNDD-FDD continue d’exercer une pression sur les institutions de l’État. Ce qui perpétue de fait une forme de monopartisme déguisé. Pour la ligue Iteka, les principes démocratiques sont sacrifiés sur l’autel des intérêts politiques du CNDD-FDD qui veut assurer le monopole du pouvoir politique.

    Une récente étude sur la démocratie en Afrique place le Burundi parmi les régimes autoritaires. L’échec de la transformation du CNDD-FDD semble être la cause principale de l’échec de la transition vers une réelle démocratie. Il a été favorisé par l’absence de mécanismes d’accompagnement solides, stables et durables de la mise en œuvre de l’Accord d’Arusha.

    Comment en est-on arrivé là ?

    Les politiques affirment que les  violences politiques, les intimidations, les disparitions forcées et les emprisonnements arbitraires dont ils sont victimes freinent l’expression démocratique au Burundi. Pour le chercheur Thierry Vircoulon, tout remonte à 2010 lorsque les partis de l’opposition se sont retirés du processus électoral. Pour lui, la régression démocratique a été la caractéristique majeure du second mandat de Pierre Nkurunziza. « Le boycott par l’opposition des élections de 2010 a été un tournant majeur en aboutissant à une impasse politique. ».

    Cet expert explique que le retrait de la plupart des partis d’opposition a conduit au monopartisme et à une bipolarisation de la scène politique. Dès lors, la configuration politique et institutionnelle a été déphasée. Parallèlement, le régime tombe dans les dérives autoritaires à travers le fameux programme « Safisha-nettoyage » qui a emporté de nombreuses vies humaines dans les rangs de l’opposition.

    Jusqu’à présent, le parti veut à tout prix écarter tous les obstacles à son intention de se maintenir au pouvoir. D’où l’instrumentation de la justice et de l’appareil sécuritaire pour torpiller au bon fonctionnement des autres partis politiques. Sur le plan juridique, l’indépendance de la magistrature reste un vrai défi en l’absence de véritables réformes. Il y a absence de séparation des pouvoirs qui se traduit par les pressions politiques dans les affaires à caractère sensible et des procès politiquement motivés.

    Une élimination systématique des opposants

    Les autorités clament la cohabitation pacifique entre les partis politiques, mais la réalité est tout autre. En marge des élections, les leaders des partis ont dénoncé l’intimidation dont sont victimes leurs membres, la destruction des permanences ou encore l’interdiction de tenir des réunions politiques. Les experts parlent d’une stratégie politico-juridique qui visait à garantir coûte que coûte la victoire du CNDD-FDD en écartant les figures de l’opposition.

    Selon l’Ong Human Rights Watch, la militarisation des Imbonerakure (jeunesse du CNDD-FDD) a abouti à la création d’une milice pro-gouvernementale pour l’intimidation politique des membres des partis d’opposition et de la société civile.  L’opposition et la société civile en font les frais. Entre janvier 2024 et juin 2025, la ligue Iteka a dénombré 605 assassinats, dont 304 corps retrouvés et enterrés sans enquête, 58 enlèvements, 62 cas de torture et près de 900 arrestations et détentions arbitraires.

    Des élections ni libres, ni transparentes

    Les élections, bien que tenues régulièrement, ne répondent pas toujours aux normes de transparence et de liberté que requiert un système véritablement démocratique. En amont des élections de 2025, le parti au pouvoir s’est forgé un Code électoral taillé sur mesure pour anéantir l’opposition. Après son éviction à la présidence du CNL, le député Agathon Rwasa s’est vu retiré de la liste de la Coalition « Uburundi Bwa Bose ». Les politiques ont dénoncé le caractère exclusif qui a caractérisé le processus électoral sans effets.

    Lors des élections, la société civile a pu documenter des irrégularités majeures qui remettent en cause la transparence des échéances électorales. Dans son analyse, l’APRODH rapporte des cas de fraudes massives : bourrages d’urnes, violation du secret de vote, intimidation des électeurs, exclusion des observateurs et falsification des résultats. Ces pratiques révèlent la volonté manifeste du pouvoir de confisquer les urnes et d’étouffer toute forme de contestation démocratique.

    La liberté d’expression en nette régression

    Dans une démocratie qui fonctionne, la liberté d’expression et celle de la presse qui en découle sont respectées. Cependant, le régime en place ne cache plus ses intentions pour faire taire toute voix discordante. La crise sociopolitique de 2015 a fait tomber les masques. Nul n’ignore la répression sanglante des manifestants et la chasse à l’homme des opposants politiques. Même au sein du parti, les cadres qui se sont opposés au troisième mandat ont été démis de leurs fonctions avant de s’exiler. « La démocratie au sein du CNDD-FDD a été compromise par une forte centralisation de la prise de décision, des pratiques autoritaires et un manque de tolérance des idées divergentes », fait remarquer l’ex-vice-président Gervais Rufyikiri dans son article sur l’échec de transformation du mouvement politico-militaire CNDD-FDD.

    En dépit du multipartisme, les libertés politiques restent fortement entravées pour ceux qui détiennent le pouvoir. La presse n’est pas à l’abri du danger. Après la destruction de certains médias et une centaine de journalistes poussés à l’exil, la presse locale fonctionne dans la peur.  La pression s’accentue sur les organes de presse alors que l’autocensure gagne du terrain dans les rédactions. Nombreux sont les journalistes qui esquivent les sujets ou les questions qui fâchent. Dans ces conditions, les médias ne peuvent plus jouer leur rôle pour exiger des comptes aux dirigeants encore moins la transparence.

    Conclusion

    Non, le CNDD-FDD n’a pas du tout réussi à assoir et renforcer la démocratie au Burundi. La transition démocratique au Burundi a échoué à cause de l’échec d’une véritable transformation du CNDD-FDD de mouvement rebelle en un parti politique. « Malgré sa transformation nominale en parti politique, le CNDD-FDD a continué à fonctionner à travers des réseaux parallèles en dehors des structures officielles, à la fois au sein du parti et de l’État », note Gervais Rufyikiri.

    Le pays migre dangereusement vers le monopartisme à l’instar de l’Empire du milieu. Le nouveau découpage administratif dévoile le plan machiavélique pour conserver son fief électoral et se maintenir au pouvoir. Pour le moment, le pays connait un système de gouvernance monocolore de la base au sommet. Tous les députés et les membres des conseils communaux sont de la mouvance présidentielle. L’opposition n’a plus de place dans la gestion des affaires publiques.

    ____________________________________________

    Photo : Le président du tout-puissant Conseil des sages (organe suprême du parti au pouvoir) s’adressant aux congressistes et aux personnalités lors des cérémonies d’investiture du nouveau secrétaire général du parti. © DR 

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