Le Président Évariste Ndayishimiye affirme que les Batwa ont droit à des terres cultivables, au logement et à une vie digne, au même titre que tous les Burundais. Cette promesse, enracinée dans un cadre juridique ancien, se heurte pourtant à une réalité persistante sur le terrain : des familles Batwa vivent toujours sans terres. Nous avons vérifié.
À l’occasion des cérémonies marquant la Journée internationale des peuples autochtones, le 9 août 2025, le chef de l’État a réitéré que la discrimination n’a plus sa place au Burundi et que les Batwa doivent disposer de terres pour cultiver, bâtir et subvenir à leurs besoins. Il a rappelé que la Constitution garantit à chaque citoyen le droit à un logement et à une vie décente.
Cette position s’inscrit dans une continuité historique. Dès 1977, sous la Deuxième République dirigée par Jean-Baptiste Bagaza, une ordonnance avait officiellement aboli la discrimination et les privilèges dans l’objectif de garantir l’égalité entre tous les citoyens. Selon plusieurs familles Batwa rencontrées, c’est à cette période que certaines ont été installées sur des sites précis, avec la promesse implicite de pouvoir s’y établir et y cultiver.
Sur le papier, un cadre favorable
La Déclaration universelle des droits de l’homme (1948) consacre l’égalité en dignité et en droits. La Constitution burundaise de 2018, en son article 19, intègre les instruments internationaux relatifs aux droits humains.
En théorie, aucun texte n’exclut les Batwa de l’accès à la terre. En pratique, aucun mécanisme opérationnel ne contraint l’État à leur attribuer des terres cultivables de manière sécurisée, stable et durable.
La réalité du terrain
Nous nous sommes rendus dans la province de Butanyerera, commune de Ngozi, sur la colline Kinyana. Les familles Batwa rencontrées affirment vivre sans terres cultivables. Elles survivent grâce à des travaux journaliers faiblement rémunérés, à la coupe d’herbe (icarire) et à des activités occasionnelles.
Nyabenda Raphaël, père de sept enfants, témoigne :
« Jusqu’à aujourd’hui, nous n’avons toujours pas de terres. Si nous en avions, nous pourrions vivre comme les autres Burundais. Nous vivons de petits travaux journaliers. »
Kabanyana Gaudence, mère de quatre enfants, confirme :
« Nous n’avons nulle part où cultiver. On nous paie 5 000 FBu forfaitairement par jour. Quand il n’y a pas de travail, on coupe de l’herbe. Et parfois, même cette herbe ne trouve pas d’acheteur. »
Certaines familles indiquent avoir reçu des houes distribuées par l’administration, mais celles-ci restent inutilisées en raison de l’absence de champs à cultiver.
Une précarité foncière persistante
La société civile confirme cette situation. Cyprien Mapiki, représentant de l’UNIPROBA (Union pour la promotion des Batwa) à Butanyerera, explique :
« Les Batwa possèdent très peu de terres. Même ceux qui disent en avoir disposent de parcelles trop petites. Dans plusieurs zones, les terres sont prêtées et ne peuvent pas être enregistrées à leur nom. Ils ne les utilisent pas librement. Cette précarité foncière constitue une discrimination qui persiste. »
Entre discours politique et inertie administrative
Interrogées sur la non-application des engagements présidentiels, les autorités communales de Ngozi et celles de la province de Butanyerera affirment attendre des orientations venant du niveau central. Elles reconnaissent toutefois que, dans certaines zones, des terres ont été prêtées aux communautés autochtones.
Du côté du ministère en charge des droits humains, aucune réaction officielle n’a été obtenue. À chaque tentative de contact, il nous a été répondu que cette question relèverait plutôt du ministère de la Fonction publique, du Travail et de l’Emploi, où se trouve la direction générale de la solidarité nationale.
Conclusion
Sur le plan juridique et politique, les droits des Batwa sont clairement reconnus. Les discours présidentiels, appuyés par un cadre légal ancien et régulièrement réaffirmé, ne laissent aucune ambiguïté quant au principe d’égalité et au droit à une vie digne pour tous les citoyens burundais.
Cependant, sur le terrain, ces engagements peinent à se traduire en actions concrètes. L’absence de mécanismes clairs d’attribution foncière, la dispersion des responsabilités institutionnelles et le recours à des solutions temporaires, comme le prêt de terres, maintiennent de nombreuses familles Batwa dans une précarité structurelle. Tant que l’accès à la terre ne sera pas garanti de manière sécurisée, durable et équitable, les promesses resteront des déclarations d’intention.
____________________________________________
Photo : Un groupe de jeunes Batwa à Gatonde, une localité située près de Ngozi, dans le nord du pays. © Comfort International
