Alors que les troupes burundaises devaient quitter la Somalie en juin 2025, leur mandat a été prolongé in extremis de six mois. Une décision qui semble contredire leur exclusion initiale de la nouvelle mission AUSSOM. Que s’est-il réellement passé ? Enquête.
Depuis plus de 17 ans, le Burundi participe activement aux opérations de paix en Somalie, d’abord sous la bannière de l’AMISOM (Mission de l’Union africaine en Somalie), puis de l’ATMIS, sa version de transition lancée en 2022. Avec environ 5 400 soldats déployés, le Burundi est resté l’un des plus gros contributeurs aux forces africaines, juste après l’Ouganda. Ces troupes, principalement positionnées à Jowhar dans le Middle Shabelle, ont joué un rôle stratégique dans la lutte contre Al-Shabaab et dans la sécurisation de l’État somalien. Mais en décembre 2024, un tournant s’opère.
Une exclusion inattendue de l’AUSSOM
La nouvelle mission de l’Union africaine en Somalie (AUSSOM), censée remplacer l’ATMIS à partir du 1er janvier 2025, est entérinée par la Résolution 2767 du Conseil de sécurité de l’ONU, adoptée le 27 décembre 2024.
Le lendemain, le ministre somalien de la Défense, Abdulkadir Mohamed Nur, informe son homologue burundais que les troupes du Burundi ne figureront pas dans le nouveau dispositif. IWACU Burundi rapporte que cette décision découle de désaccords sur le volume de troupes à déployer : Gitega souhaitait maintenir au moins deux bataillons d’infanterie (2 000 à 3 000 soldats) et une unité d’aviation, tandis que Mogadiscio et l’UA proposaient un contingent réduit à 1 041 soldats, jugé inacceptable par Bujumbura.
Une prolongation de six mois décidée en juillet 2025
Contre toute attente, le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine décide, le 3 juillet 2025, de prolonger de six mois la présence des troupes burundaises en Somalie, soit jusqu’en décembre 2025. Plusieurs éléments factuels expliquent ce revirement :
1. Retards dans le déploiement de l’AUSSOM
L’AUSSOM connaît des difficultés logistiques majeures. Les nouveaux contingents (provenant d’Ouganda, du Kenya, d’Éthiopie, de Djibouti et potentiellement d’Égypte) tardent à se mettre en place. Sur le terrain, Al-Shabaab multiplie les attaques, ce qui pousse les autorités somaliennes et l’UA à éviter un vide sécuritaire. Les troupes burundaises, déjà opérationnelles et bien implantées, apparaissent comme une solution transitoire incontournable.
2. Plaidoyer actif du Burundi pour rester dans la mission
Face à son exclusion, le Burundi intensifie son lobbying diplomatique. Le porte-parole de l’armée burundaise, le Général de Brigade Gaspard Baratuza, déclare au média Iris News que Bujumbura attend toujours une réponse formelle de l’Union africaine concernant sa demande d’un déploiement plus large dans l’AUSSOM. En attendant, la prolongation du mandat de six mois est perçue comme un compromis temporaire, dans un contexte où l’Égypte traîne encore à s’engager dans la mission.
3. Une question cruciale de devises pour Gitega
Ce volet est souvent peu abordé, mais il est essentiel : la participation burundaise à l’ATMIS représentait une source de devises importante pour un pays toujours sous sanctions européennes depuis 2016. Selon la Voix d’Amérique, l’Union africaine transfère environ 18 millions de dollars tous les trois mois à la Banque centrale du Burundi, pour les soldes et l’entretien logistique des troupes. Une interruption brutale de ces flux financiers risquerait d’affaiblir la stabilité économique et sociale, notamment au sein même de l’armée.
Que retenir ? Une prolongation aux enjeux multiples
Ce prolongement ne signifie pas une réintégration automatique dans l’AUSSOM. Il traduit plutôt un jeu d’équilibres géopolitiques et économiques, où le Burundi tente de préserver à la fois son rôle militaire régional et un canal vital de financement.
À plus long terme, la question reste ouverte : le Burundi sera-t-il réintégré durablement dans l’AUSSOM, ou cette prolongation est-elle simplement un sursis diplomatique ?
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Photo : Un contingent de soldats burundais en Somalie participant à une cérémonie le 11 juillet 2017. © AFP
