Depuis le 15 février 2026, le président burundais Évariste Ndayishimiye, devenu président en exercice de l’Union africaine, affirme vouloir « faire taire les armes » sur le continent. Cette ambition s’inscrit dans le cadre des priorités officielles de l’organisation. Toutefois, ses déclarations contrastent avec des critiques persistantes liées à la situation des droits humains au Burundi, au rôle des Imbonerakure et à l’implication présumée du Burundi dans l’est de la RDC. Que permettent d’établir les faits ?
Dans son discours d’acceptation, Évariste Ndayishimiye a exprimé la « profonde préoccupation du Burundi face à la persistance des conflits armés » et affirmé sa volonté de renforcer les mécanismes africains de paix.
Cette position s’aligne sur l’initiative « Silencing the Guns », adoptée en 2013 dans le cadre de l’Agenda 2063 de l’Union africaine. Sur le plan institutionnel, son engagement est donc cohérent avec la feuille de route officielle de l’organisation continentale.
Le passé politique et la question des Imbonerakure
Avant son accession à la présidence en 2020, Évariste Ndayishimiye était secrétaire général du CNDD-FDD (Conseil national pour la défense de la démocratie – Forces de défense de la démocratie).
La ligue des jeunes affiliée au parti, les Imbonerakure, a été qualifiée à plusieurs reprises de « milice » ou de « youth militia of the ruling party » par des responsables onusiens, notamment Zeid Ra’ad Al Hussein, ancien Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme.
Des rapports d’experts indépendants mandatés par l’Organisation des Nations unies ont documenté des accusations d’intimidations, d’exécutions extrajudiciaires et de disparitions forcées attribuées à des membres des Imbonerakure.
Ce que l’on peut établir :
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Oui, des rapports onusiens ont qualifié les Imbonerakure de milice ou de « youth militia of the ruling party ».
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Oui, des ONG burundaises et internationales ont documenté des violations graves des droits humains.
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En revanche, l’implication personnelle et directe d’Évariste Ndayishimiye dans des crimes spécifiques n’a pas été judiciairement établie.
Coopération limitée avec les mécanismes internationaux
À la suite de la crise politique de 2015, le Burundi a suspendu puis restreint sa coopération avec certains mécanismes d’enquête des Nations Unies sur les droits humains. Le pays s’est également retiré de la Cour pénale internationale en 2017.
Ces décisions sont des faits établis. Elles ont nourri les critiques relatives à la transparence et à la coopération internationale du pays en matière de justice et de droits humains.
Implication dans l’est de la RDC et accusations liées aux FDLR
Concernant la situation sécuritaire dans l’est de la République démocratique du Congo, plusieurs rapports régionaux ont évoqué la présence de troupes burundaises engagées contre des groupes armés, notamment le Mouvement du 23 mars (M23).
La présence militaire burundaise en RDC a été confirmée par diverses sources.
En revanche, les allégations selon lesquelles Évariste Ndayishimiye agirait en coordination idéologique ou militaire avec les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) relèvent du débat politique régional. Les FDLR sont un groupe armé actif dans l’est de la RDC, dont certains dirigeants historiques sont liés au génocide contre les Tutsi au Rwanda en 1994.
Ce que l’on peut établir :
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La présence militaire burundaise en RDC est documentée.
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L’existence d’une alliance idéologique ou opérationnelle entre le président burundais et les FDLR demeure une accusation qui n’a pas été judiciairement établie.
Déclarations fermes dans un contexte de tensions avec le Rwanda
Les relations diplomatiques entre le Burundi et le Rwanda ont été marquées par des tensions ces dernières années.
Des propos attribués à Évariste Ndayishimiye ont été interprétés comme des mises en garde fermes en cas d’escalade régionale, notamment autour de la ville d’Uvira (RDC) et de la province burundaise de Kirundo. Une reformulation synthétique de certaines de ses interventions publiques laisse entendre que si le M23 prenait Uvira et menaçait la stabilité régionale, le Burundi mobiliserait toutes ses forces pour défendre sa souveraineté et sa sécurité.
Il s’agit d’une rhétorique sécuritaire, fréquente dans un contexte de tensions bilatérales, mais qui peut apparaître en décalage avec un discours continental centré sur l’apaisement.
Conclusion : entre ambition panafricaine et héritage controversé
En prenant la tête de l’Union africaine, Évariste Ndayishimiye inscrit son mandat dans la continuité de l’objectif « Faire taire les armes ». Sur le plan institutionnel, son discours est aligné sur les priorités officielles de l’organisation.
Cependant, les critiques reposent sur des éléments factuels : rapports onusiens et d’ONG documentant des abus attribués aux Imbonerakure, retrait de la Cour pénale internationale, coopération limitée avec certains mécanismes internationaux, tensions persistantes avec le Rwanda et implication militaire du Burundi dans l’est de la RDC.
Le débat ne se réduit donc pas à une opposition binaire entre « artisan de paix » et « fauteur de troubles ». Il se situe plutôt dans la tension entre une ambition panafricaine affirmée et un contexte national et régional toujours fortement controversé.
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Photo : Évariste Ndayishimiye, président du Burundi et président en exercice de l’Union africaine depuis le 15 février 2026. © DR
