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    Home » Est de la RDC : une délégation banyamulenge blanchit-elle le Burundi ?

    Est de la RDC : une délégation banyamulenge blanchit-elle le Burundi ?

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    By BURUNDI FACTS on 19 mars 2026 politique
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    Une délégation de l’organisation Banyamulenge Global Advocacy a rencontré le président burundais Évariste Ndayishimiye ce 17 mars à Ntare House. Le groupe a affirmé être venu remercier le gouvernement burundais pour ses initiatives en faveur de la paix à l’est de la République démocratique du Congo. Mais la délégation a aussi entrepris de défendre le Burundi face aux accusations récurrentes d’exactions visant les populations Banyamulenge, notamment dans la région de Minembwe, en dénonçant ce qu’elle qualifie de « narratif rwandais ».

    Cette démarche a immédiatement suscité de vives polémiques, dans un contexte marqué par des accusations récurrentes d’exactions impliquant l’armée burundaise aux côtés des Forces armées de la RDC (FARDC) et de groupes armés locaux.

    Une délégation reconnaissante au Burundi

    À l’issue de l’audience du 17 mars, le responsable de l’organisation, Charles Nteze Byabagabo, a déclaré que la délégation était venue « remercier le Burundi pour ses efforts inlassables visant à garantir la protection des populations vulnérables, en particulier notre communauté longtemps instrumentalisée par des intérêts extérieurs ».

    Dans une interview accordée aux médias Burundais,  Daniel Cedrick Ganza, président de l’association Banyamulenge-Katanga et membre de la délégation, a précisé que leur démarche visait également à  «déconstruire le narratif du Rwanda qui réside à imputer au gouvernement burundais un quelconque génocide dans les hauts plateaux »»,

    Selon lui, les populations locales ne reprocheraient rien aux forces armées burundaises. Au contraire, les gens qui sont à Minembwe demandent que les burundais reviennent, « parce il n’ y a eu de paix   à Minembwe  que quand  l’ armée burundaise était présente  » a-t-il affirmé.

     Des témoignages qui contredisent ce discours

    Ces déclarations contrastent fortement avec d’autres témoignages recueillis sur le terrain.

    Un résident de l’est de la RDC, ayant requis l’anonymat, affirme que depuis décembre, les forces burundaises, les wazalendo et les FARDC mènent des attaques dans la région de Minembwe, utilisant notamment des bombardements, des drones et de l’artillerie lourde.

    Selon lui, plusieurs villages — Mikenge, Kalingi, Kalongi, Bidegu, Kakenge et Ilundu — ont été vidés de leurs habitants, contraints de fuir vers Madegu, Mishashu et Kiziba, dans le territoire de Fizi dans le Sud-Kivu.

    Réactions contrastées

    La démarche de la délégation des Banyamulenge  a aussi profondément divisé les opinions.

    Du côté burundais, le ministre des Affaires étrangères , de l’ intégration et de la coopération au développement , Edouard Bizimana, y voit une preuve supplémentaire « que le Burundi est un facteur de paix  », note-t-il sur son compte X

    À l’inverse, certaines voix congolaises dénoncent une prise de position illégitime.

    Irene Kamanzi, de l’ONG Fontaine Isoko Europe, originaire de Bukavu, se dit « choquée mais pas surprise ». Elle évoque une opération de propagande de Kinshasa et de  son allié burundais : « Il est inconcevable qu’un petit groupe d’individus, guidé par des intérêts personnels, parle au nom d’une communauté dont l’oppression est largement documentée. »

    Au sein même de la diaspora banyamulenge, la démarche suscite incompréhension et rejet.

    Alexis Mvuka, président de la diaspora banyamulenge de Londres, n’ en revient pas que des individus qui ne sont pas connus dans les structures qui représentent les Banyamulenge ait pu entreprendre une démarche pareille.

    « Aller jusqu’à remercier quelqu’un accusé de commettre un génocide contre votre communauté, cela n’a jamais été entendu. »

    Il conteste également le rôle du Burundi en RDC. Selon lui, les forces burundaises, initialement déployées pour lutter contre le groupe rebelle Red Tabara, n’ont jamais réellement affronté ce dernier. Il accuse plutôt ces forces de soutenir les FARDC, les wazalendo et les FDLR dans des opérations visant les villages banyamulenge.

    Pour lui, le fait que les opérations militaires se concentrent principalement dans les zones habitées par cette communauté soulève de sérieuses interrogations car il existe aussi des groupes armés dans d’ autres communautés comme les Babemba, les Bafurero et autres .

    « Le Burundi n’ a jamais opéré dans les milieux des autres communautés .  Ils opèrent dans la communauté Banyamulenge parce qu’ ils sont Tutsi. L’ intention du Burundi est d’ exterminer  et détruire un groupe pour ce qu’ il est » affirme-t-il .

    Accusations documentées

    En novembre 2025, l’armée burundaise avait déjà été accusée d’imposer un blocus à Minembwe, empêchant les populations de s’approvisionner en vivres. Le porte-parole de l’ armée burundaise,  le général Gaspard Baratuza, avait alors nié toute présence burundaise, tout en évoquant des restrictions possibles en cas de collaboration avec « l’ennemi ».

    Plus récemment, dans un communiqué du 5 décembre 2025, un collectif d’avocats représentant des victimes Banyamulenge, Tutsi et Hema a annoncé avoir saisi la Cour de justice de la Communauté d’Afrique de l’Est contre le Burundi pour violations graves du droit international humanitaire.

    Le collectif accuse notamment les forces burundaises d’opérer conjointement avec les FARDC, les milices wazalendo et les FDLR dans des opérations d’encerclement, de blocus et de siège dans les hauts plateaux du Sud-Kivu.

    Il affirme également avoir transmis des éléments à la Cour pénale internationale concernant des actes tels que assassinats ciblés, arrestations arbitraires, incendies de villages et pillages.

    Conclusion

    La rencontre entre le président burundais et la délégation banyamulenge a révélé des fractures narratives autour de la question de Banyamulenge à l’ Est de la RDC , chacun tentant d’ imposer sa propre lecture des faits . Mais la question essentielle ici reste cette instrumentalisation des souffrances des communautés à des fins politiques , alors qu’ elles ne demandent qu’ à vivre en paix dans leur pays.

    ____________________________________________

    Photo : La délégation de l’organisation Banyamulenge Global Advocacy reçue par le président Évariste Ndayishimiye à Ntare House, une rencontre qui suscite une vive controverse. © DR

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