Ce lundi 17 mars, dans une déclaration publiée sur X, le ministre burundais des affaires étrangères, Édouard Bizimana, a appelé à « un ton posé », à « la lucidité », à « la prudence » et au « respect mutuel » dans la gouvernance mondiale. Une rhétorique classique, presque attendue dans le langage diplomatique. Mais à l’épreuve des faits récents, une fracture apparaît entre ce qu’il et ce qu’il fait.
Depuis sa nomination en août dernier, pour succéder à Albert Shingiro, l’actuel chef de la diplomatie burundaise n’a cessé de polariser. Son prédécesseur avait patiemment œuvré au rapprochement avec l’Union européenne après la parenthèse tumultueuse de 2015, contribuant à la reprise du dialogue politique et à l’allègement de certaines sanctions.
Un héritage de normalisation que Bizimana a repris dans un contexte régional sous tension. Très tôt, d’anciens messages publiés sur les réseaux sociaux ont refait surface. Le ministre y contestait notamment la pertinence de la menace que représenterait le groupe armé FDLR pour le Rwanda, qualifiant ce narratif de « dépassé » et « mensonger ». Des propos en décalage avec la prudence habituellement observée dans les équilibres diplomatiques de la région des Grands Lacs.
Un tweet de trop sur le Qatar
C’est un tweet visant le Qatar qui a marqué le plus d’esprit. Dans un tweet rapidement supprimé, le ministre accusait Doha d’user de son influence financière pour dissuader les États-Unis d’agir contre le Rwanda, soupçonné de violer un accord négocié à Washington. « Il est important de souligner le rôle négatif du Qatar », écrivait-il.
La réaction a été immédiate. Face à l’indignation suscitée, le président Évariste Ndayishimiye a pris ses distances, rappelant les relations « de longue date » entre le Burundi et le Qatar et saluant son rôle de médiateur en RDC. Un recadrage public, rare, qui souligne la sensibilité des équilibres en jeu.
Communication déroutante
Plus récemment, un autre tweet a surpris. Le ministre s’y félicitait d’une « diplomatie pragmatique, sans fanfare mais efficace », évoquant la réhabilitation du bâtiment du ministère et « le débouchage des rigoles » comme symboles du retour de l’autorité. Une communication jugée déroutante, certains y voyant une critique implicite de la gestion passée, d’autres s’interrogeant sur la portée diplomatique de tels arguments.
Dans un registre différent, M. Bizimana a ensuite adopté un ton plus introspectif, affirmant pardonner à ceux qui lui infligent un « lynchage médiatique ». Un infléchissement notable après plusieurs mois de prises de parole offensives. Mais là encore, le geste interroge : aucune reconnaissance explicite d’éventuelles erreurs, ni excuses adressées aux cibles de ses déclarations.
Une ligne difficile à tenir
Pris isolément, ces épisodes pourraient relever de maladresses ponctuelles. Mis bout à bout, ils dessinent une pratique plus structurée : celle d’une diplomatie exposée, réactive, où la parole publique devance parfois la retenue.
Trois constantes se dégagent. une lucidité revendiquée mais fragilisée par les faits. Une personnalisation marquée de la fonction. Et une communication impulsive, en tension avec les exigences de mesure propres à l’exercice diplomatique.
Entre le verbe et l’acte, l’écart persiste. Et c’est dans cet intervalle, discret mais décisif, que se joue la crédibilité d’une parole d’État. La tempérance invoquée comme principe gagnerait, pour convaincre, à s’appliquer d’abord à celui qui la formule.
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Photo : Édouard Bizimana, chef de la diplomatie burundaise, au cœur de controverses liées à ses prises de position publiques et à sa communication jugée parfois en décalage avec les exigences de prudence diplomatique. © DR
