Le 21 septembre 2025, le stade Intwari a accueilli le match aller entre Aigle Noir et ASAS Djibouti Telecom, comptant pour la Ligue des champions africains. Un rendez-vous attendu des amateurs de football, mais qui a rapidement pris une tournure controversée. Organisation inhabituelle, mobilisation partisane et messages politiques : autant d’éléments qui interrogent sur le respect des règlements de la FIFA et de la CAF, lesquels proscrivent strictement toute ingérence politique dans le sport.
Fondé par Révérien Ndikuriyo, figure influente du CNDD-FDD, le club Aigle Noir entretient une proximité assumée avec le parti au pouvoir. Cette relation trouble brouille de plus en plus la frontière entre passion sportive et militantisme politique.
Le duel face au club djiboutien en a donné une nouvelle illustration, marqué par des pratiques et signaux difficilement dissociables d’une orchestration partisane. C’est en somme un club sous influence politique.
Des droits d’entrée controversés
Dès le 12 septembre 2025, l’annonce des conditions d’accès au stade Intwari a suscité la polémique. Selon la Fondation Pax, gestionnaire du club, l’entrée était conditionnée à l’achat d’un t-shirt à 10 000 BIF : soit aux couleurs d’Aigle Noir, soit estampillé « Nkurunziza Cup », tournoi dédié à l’ancien président Pierre Nkurunziza — une référence jugée partisane par certains observateurs.
Les billets VIP et VVIP affichaient quant à eux des tarifs inhabituels (500 000 et 1 000 000 BIF), laissant supposer la présence d’invités de haut rang, potentiellement liés au CNDD-FDD.
Mobilisation aux accents partisans
Le même jour, la direction provinciale du CNDD-FDD à Bujumbura publiait un communiqué exhortant la population à se rendre massivement au stade pour soutenir Aigle Noir. Quelques jours plus tard, l’administrateur de Mukaza relayait le message, rappelant les modalités d’accès et les points de vente des tickets.
Si plusieurs hautes autorités n’ont pas assisté à la rencontre, des contributions financières auraient toutefois été versées par certains responsables sur des comptes dits « sponsor », selon un militant interrogé. Dans les tribunes, des administrateurs communaux de provinces comme Karusi ont également été aperçus.
La présence la plus remarquée fut celle des jeunes Imbonerakure, vêtus de souliers en kaki similaires à ceux de la Police nationale et de pantalons cargo, leur tenue emblématique ces derniers mois.
Un traitement inégal du football
Cette mobilisation exceptionnelle tranche avec l’indifférence constatée envers d’autres rencontres d’importance organisées le même week-end au stade Intwari. Le vendredi 19 septembre, l’équipe nationale féminine U20 affrontait un adversaire en éliminatoires de la Coupe du monde 2026, tandis que Flambeau du Centre jouait en Coupe de la Confédération. Aucun de ces matchs n’a bénéficié d’un soutien public comparable à celui accordé à Aigle Noir.
Ce que disent les règlements
La FIFA et la CAF interdisent toute forme d’ingérence politique dans la gestion ou l’organisation du football.
L’article 7.1 des statuts de la CAF stipule que les associations membres doivent administrer leurs affaires « de manière indépendante et sans ingérence ni interférence d’aucune sorte de la part d’une personne ou d’un organisme ».
Des sanctions existent et ont déjà été appliquées : au Maroc, au Kenya ou encore au Zimbabwe, clubs et fédérations ont été punis pour des ingérences similaires.
Conclusion
Le match Aigle Noir – ASAS Djibouti Telecom illustre une nouvelle fois comment le football burundais peine à se protéger des logiques partisanes.
Au-delà du terrain, c’est le respect des règles internationales qui est en jeu et, avec lui, l’avenir d’un sport censé fédérer les Burundais plutôt que les diviser.
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Photo : Des spectateurs assistant au match aller entre Aigle Noir et ASAS Djibouti Telecom, dans le cadre de la Ligue des champions africains © DR
