Le 27 mars 2025, la suspension surprise du média Yaga a déclenché une vive controverse. La présidente du Conseil national de la communication (CNC), Espérance Ndayizeye, a invoqué un « agrément falsifié » pour justifier la mesure. Mais plusieurs de ses déclarations publiques se sont révélées incohérentes. Que s’est-il réellement passé ? Et Yaga opérait-il dans l’illégalité ? Enquête.
Une fermeture inattendue
Yaga, média numérique bien connu au Burundi, avait annoncé une fermeture temporaire de ses activités le 27 mars 2025, peu après avoir célébré ses dix ans d’existence. Dans une conférence de presse, la présidente du CNC, Espérance Ndayizeye, a déclaré que Yaga n’était pas reconnu légalement. Selon elle, l’association AJEBUDI, qui porte le média, avait présenté au CNC un agrément ministériel falsifié.
Elle a également affirmé que Yaga opérait en tant que média depuis 2022. Mais, dès le lendemain, dans une interview accordée à la BBC, elle a modifié sa déclaration : Yaga aurait commencé ses activités en avril 2023.
Ces contradictions posent question : laquelle de ces deux versions est la bonne ? Et surtout, comment expliquer qu’une autorité aussi importante se contredise publiquement sur un dossier aussi sensible ?
Le document « perdu », puis retrouvé
Après plus de deux semaines de silence numérique, Yaga a repris ses activités le 14 avril 2025. Le même jour, Espérance Ndayizeye a tenu une nouvelle conférence de presse. Cette fois, elle a reconnu que le ministère de l’Intérieur avait confirmé l’existence des documents attestant la légalité de l’agrément de l’AJEBUDI.
Dans un article publié sur leur propre site, les équipes de Yaga ont affirmé qu’elles avaient bel et bien obtenu un agrément ministériel valide. Durant la période de recours, ce document a fini par être retrouvé dans les archives du ministère de l’Intérieur, preuve que l’agrément existait depuis le début.
Notification absente et traitement controversé
Autre élément troublant : Yaga affirme ne pas avoir été notifié officiellement de sa suspension. Sur X (anciennement Twitter), le média a déclaré avoir appris la mesure par voie d’ondes, sans avertissement préalable ni justification formelle.
Que valent les contradictions d’une autorité publique ?
Une autorité comme le CNC est censée être une source fiable et rigoureuse. Lorsqu’elle communique, ses propos doivent être cohérents, étayés et vérifiables. Dans cette affaire, les contradictions dans les déclarations d’Espérance Ndayizeye ont contribué à désinformer le public et à affaiblir la crédibilité de l’institution qu’elle dirige.
Ce genre d’erreur fragilise la compréhension des décisions publiques et alimente la suspicion à l’égard des autorités, surtout en période électorale.
Yaga, un “petit média” ?
Dans son interview à la BBC, la présidente du CNC a rejeté les critiques selon lesquelles la suspension de Yaga visait à perturber le média durant la période électorale. Elle a même affirmé que Yaga était un petit média sans influence sur la population.
Mais cette affirmation ne résiste pas aux faits. En 2021 déjà, une étude d’audience sur les médias burundais plaçait Yaga au premier rang des médias en ligne au Burundi.
Un rapide coup d’œil à ses plateformes numériques confirme son influence :
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Page Facebook : plus de 900 000 abonnés
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Instagram, Twitter/X, TikTok, YouTube : également très suivis
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Site web : trafic élevé avec une communauté active

En comparaison avec les autres médias numériques du pays, Yaga figure indéniablement parmi les plus influents.
Conclusion
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Le document d’agrément de l’AJEBUDI n’était pas falsifié. Il avait été égaré par les services du ministère de l’Intérieur, mais il a été retrouvé et validé.
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Les déclarations de la présidente du CNC sur la date de création et la légalité de Yaga étaient contradictoires.
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Qualifier Yaga de « petit média » est faux. Les données d’audience démontrent une large influence, surtout en ligne.
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Une communication officielle incohérente nuit à la confiance des citoyens et contribue à la désinformation.
Chez Burundi Facts, nous rappelons l’importance de la rigueur et la transparence dans les prises de parole publiques. Les faits, eux, ne changent pas.
