Des responsables de partis politiques burundais affirment que l’espace politique est « verrouillé » et que les partis ne sont pas traités de manière équitable a la veille des élections présidentielles de 2027. Ces affirmations soulèvent des questions importantes : est-ce une simple perception ou un problème réel qui affecte la vie politique quotidienne du pays ?
Pour Augustin Nshimirimana, porte-parole du parti ADR Imvugakuri, « les partis politiques ne sont pas considérés de la même manière » au Burundi. Selon lui, certains partis subissent des « ingérences » dans leur fonctionnement, ce qui peut démotiver leurs membres et compliquer la mobilisation sur le terrain. Il appelle le gouvernement à garantir que chaque parti puisse fonctionner librement et équitablement.
Dans le même sens, Kefa Nibizi, président du parti CODEBU, affirme que « l’espace politique est verrouillé » et que « les élections risquent de ne pas être crédibles sans réformes », en particulier la reconstitution de la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI). Pour lui, les partis doivent pouvoir se préparer et participer à des scrutins dans un climat de confiance.
Gabriel Benzawitonde du parti APDR raconte, lui, le quotidien compliqué de son équipe : « Nous avons du mal à obtenir du carburant pour nos déplacements, alors que le parti au pouvoir y a facilement accès. Cela limite notre présence sur le terrain et notre capacité à rencontrer les militants. »
Que dit la loi burundaise ?
La Constitution burundaise, dans son article 75, garantit le multipartisme et l’égalité des partis politiques devant la loi. En principe, tous les partis doivent pouvoir exercer librement leurs activités, sous réserve du respect des lois en vigueur.
Le Code électoral encadre également la participation aux élections, en fixant des conditions identiques pour tous les candidats, notamment en matière de caution financière et de procédures administratives. Sur le plan légal, rien n’indique explicitement qu’un parti serait favorisé ou défavorisé.
Des inégalités dans la pratique
Les acteurs politiques insistent davantage sur les pratiques que sur le cadre légal. Certains partis d’opposition racontent qu’ils peinent à accéder à des moyens logistiques, comme le carburant, alors que le parti au pouvoir semble pouvoir se déplacer plus librement. Ils dénoncent également des entraves dans l’organisation interne de leurs partis et signalent que « le coût de la caution électorale, pouvant atteindre 100 millions de francs burundais, est un véritable obstacle » pour des candidats potentiels. Ces difficultés peuvent sembler abstraites, mais elles traduisent le quotidien de militants et de candidats qui voient leur travail entravé.
Que disent les observations électorales ?
Lors des élections précédentes, notamment celles de 2025, certaines missions d’observation et organisations ont relevé des défis liés à l’environnement politique. Les rapports mentionnent « un climat politique tendu entre le pouvoir et l’opposition », des « restrictions des activités politiques » ainsi qu’ « un manque de confiance entre les acteurs ».
Ces observations ne concluent pas à une absence totale d’équité, mais elles mettent en évidence des insuffisances qui rendent la compétition difficile pour certains partis, et qui peuvent décourager des citoyens de participer pleinement à la vie politique.
La question de la CENI
La Commission électorale nationale indépendante est au cœur des critiques. Certains acteurs estiment qu’elle devrait être « reconstituée pour garantir sa crédibilité et son impartialité ». Toutefois, aucune preuve formelle ne démontre que sa composition actuelle soit illégale. La question semble donc davantage politique que juridique : il s’agit de confiance et de perception pour que les électeurs et les partis sentent que le jeu est équitable.
Un “espace politique verrouillé” ?
L’expression « espace politique verrouillé » traduit la frustration de nombreux responsables de partis : « Nous avons moins de marge de manœuvre, alors que le parti au pouvoir bénéficie d’un avantage structurel. La compétition n’est pas pleinement équitable. » Ces mots reflètent le vécu des militants et des candidats qui doivent composer avec des contraintes concrètes.
Un des problèmes concrets soulignés par l’opposition concerne l’accès aux ressources. Comme le raconte le président du parti politique APDR : « Sans carburant, il est difficile de rencontrer nos électeurs, d’organiser des meetings ou de faire connaître nos idées ». Cet impact est réel pour les partis sur le terrain.
Conclusion
Les déclarations des responsables politiques mettent en lumière un enjeu fondamental : la confiance dans le processus démocratique. Même si aucune preuve formelle n’indique que l’inégalité est institutionnalisée, le sentiment de déséquilibre persiste. Ces perceptions influencent la manière dont les partis politiques et les citoyens vivent la politique et pourraient affecter la crédibilité des élections de 2027. Plusieurs acteurs appellent à « une plus grande inclusivité, un dialogue politique renforcé et des garanties d’équité », afin que chaque citoyen et chaque formation politique puisse réellement participer à la vie démocratique du Burundi.
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Photo : Des membres du parti APDR lors d’une activité politique, illustrant les défis logistiques évoqués par l’opposition dans l’organisation et la mobilisation sur le terrain. © DR
